A
leur début en 1992 avec "Yerself Is
Steam" , Mercury Rev apparaît comme un
groupe original et inventif mais qui s'égare
parfois dans les clichés du rock indépendant
( influence trop évidente de Sonic Youth et
de le noisy pop anglaise ) et de la musique psychédélique.
Il est composé de Jonathan Donahue (guitare
et chant ) , David Baker (chant) , Grasshopper (guitare)
, David Fridman (basse) , Suzanne Thorpe (flûte)
et Jimy Chambers (batterie ) . Leur musique est instable
, chaotique parfois assez violente et les membres
du groupe ont tous des histoires pour le moins étranges
. Même s'il faut bien voir qu'il y a une part
de mensonges et de légendes , il semblerait
que les deux leaders , Baker et Donahue , se soient
rencontrés enfants dans une maison de la correction
et que Suzanne Thorpe les ait rencontré alors
qu'elle était figurante en tant que cadavre
dans film expérimental dirigé par Baker
, alors étudiant en cinéma.
Lors des tournées ils se battent parfois très
violemment (surtout Donahue et Grasshopper qui un
jour s'attaquent à coup de cueillère
dans un avion en plein vol ) , très probablement
sous l'emprise de différentes drogues dont
le LSD.
En 1993 , paraît "Boces" , assez
proche du précédent mais où ils
jouent mieux et avec une meilleure production . Puis
en 1994 , David Baker , sans doute le plus incontrôlable
de la bande , est évincé . Cela aura
une importance déterminante dans l'histoire
du groupe qui fait désormais une musique plus
apaisé sans pour autant changer radicalement
de style.
L'album "See You On The Other Side" , qui
parait en 1995 , prouve que le groupe a évolué vers
plus de subtilité et qu'il a délaissé les
délires soniques quelque peu vains.
Mais même ces louables efforts ne laissent
présager du choc que contitue leur album paru
en 1998 : "Deserter's Songs" . Une véritable
merveille et même un miracle car peu de personnes
attendaient quelquechose de cette bande de déséquilibrés
que certains voyaient déjà finissant
leurs jours dans un hôpital psychiatrique .
Les mélodies, entre folk et pop symphonique,
sont des réussites totales , preuves d'un
songwriting inspiré et exigent ( "Holes" , "Endlessly" ou "Delta
Sun Bottleneck Stomp" par exemple ) et sont
rendues encore plus belles grâce à la
voix très émouvante de Jonathan , qui évoque
d'ailleurs souvent Neil Young . Une multitude d'instruments
( baroques souvent ) est utilisée par le groupe
comme le clavecin , la flûte , la harpe , l'orgue
. On entend aussi des voix féminines très
pures ( ça rappelle les premiers disques de
Leonard Cohen ) et des atmosphères sonores
empruntées aux musiques de film.
Ce groupe n'a jamais aussi bien porté son
nom . On se croirait vraiment dans un rêve
, protégé dans la nuit; rempli d'émerveillement
et de douceur , mais d'où l'on percevrait
au loin mais tout de même bien distinctement
les ombres d'une tristesse qui ne s'effacent jamais
tout à fait. La critique est alors unanime
: "Deserter's Songs" est un des plus grands
disques de la fin du 20e siècle. C'est David
Fridman qui a dirigé la production (excellente)
de ce disque et , fort de ce succès , il produit
les "Flaming Lips" (un groupe ami des Mercury
Rev ) en 1999 et les "Delgados" en 2000
dont les albums respectifs sont des réussites
enthousiasmantes.
Fin 2001 , Mercury Rev revient avec un nouvel album
: "All Is Dream" . On y retrouve la même
voix , les mêmes sons récurrents ( les
notes de piano répétitives , les voix
féminines ... ) , les mélodies sont
toujours magnifiques ("The Dark Is Rising" , "Little
Rhymes" , la mignonne "A Drop in Time" ...
) et le groupe s'essaie même de manière
très convaincante à l'emphase musicale
des orchestrations seventies en la mariant avec sa
fascination pour les musiques de film ( on reconnaît
la référence à John Barry dans "The
Dark Is Rising" ) . Ce nouvel album est un nouveau
chef d'uvre et Mercury Rev prouve que "Deserter's
Songs" n'était pas qu'un heureux accident
. Mercury Rev est aujourd'hui un très grand
groupe.
Poseïdon - 22 sept. 2001 -
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