Psyché,
pop, planant et euphorisant : Mercury Rev égal à lui-même
Affiche de rêve mi novembre à Paris
: rien de moins que Nick Cave & The Bad Seeds
et Mercury Rev dans le superbe Théâtre,
quoique Stalinien, qu’est la Mutualité… Cette
première partie de Nick Cave était,
en plus, l’occasion pour Mercury Rev d’étrenner
scéniquement quelques nouveaux morceaux
qui figureront sur son prochain opus, attendu début
2005.
Ravi de revenir jouer en France, où il est
toujours accueilli royalement par le public, le
groupe américain a démontré qu’il était
toujours un des groupes les plus captivants à voir
sur scène.
Forcément, quand on écrit des chansons
aussi puissamment évocatrices que belles
(comme celle des albums Deserter’s songs
et All is dream), ça aide… Mais ça
ne fait pas tout : la présence scénique étrange
et la voix saisissante de Jonathan Donahue y sont également
pour beaucoup. Les guitares psyché telluriques
de Grasshopper et la qualité des autres
musiciens font le reste… Intercalés
entre Little rhymes, Holes, Tonight it shows, Opus
40 ou Spiders and flies, les compositions plus
récentes - mais tout aussi bien écrites
- ne faisaient pas tache dans ce set euphorisant
de 40 minutes. Tant et si bien qu’on aurait
bien aimé que Mercury Rev joue un concert
entier…
Nick Cave & The Bad Seeds : c’est fort,
très fort…
Il aurait été en effet préférable
que la prestation de Mercury Rev soit allongée,
plutôt que de subir une attente de la même
longueur due à une double coupure de son
ayant fait fuir Nick Cave et son groupe dès
le premier morceau joué.
Alors qu’on commence à maudire le
sonorisateur de la Mutualité tout en se
disant que cet aller retour à Paris n’est
pas une très bonne idée, Nick Cave
revient sur scène avec ses Bad Seeds, bien
décidé à se venger contre
cette panne malvenue. Et ils ne reviennent pas
pour rien : le son est tout simplement titanesque
(trop même : sans protections auditives,
ce doit être insupportable), ce qui permet
de ressentir encore plus fort chaque note de piano,
de violon (superbe et aventureux Warren Ellis)
ou de guitare (même si Blixa Bargeld est
parti). Le récent auteur du double album
Abattoir blues/The Lyre of Orpheus est sans doute
particulièrement fier de ses nouvelles chansons,
puisque durant une heure, il choisit d’en
proposer un florilège habité, puissant
et gorgé de rock/punk/soul. Les impeccables
et méchamment remontés Bad Seeds
sont accompagnés pour l’occasion par
un chœur gospel du meilleur effet ; cela donne
des airs de grand messe soul rock dissonante au
concert. Comme Nick Cave arpente la scène
comme un lion en cage, fort de sa voix caverneuse
et inimitable, le public vit des instants très
forts, oubliant presque que les morceaux sont tous
nouveaux.
Puis le groupe se retire de la scène, pour
mieux revenir pour une deuxième partie axée
sur la carrière passée de Nick Cave,
riche en titres mémorables. De Stagger Lee à Mercy
Seat en passant par God is in the house, Deanna,
Red right hand ou The Weeping song, les spectateurs
parisiens peuvent vérifier en direct que
ces morceaux dégagent toujours autant d’émotion
et charrient plus que jamais un cortège
de sentiments aussi contradictoires qu’enivrants.
Au bout de presque deux heures de show, la fin
arrive inévitablement, après un dernier
morceau surprenant car interprété a
capella par la chorale gospel, restée seule
sur les planches. Avec un son meilleur, ce concert
- déjà excellent - aurait pu être
tout simplement magique… On continuera à suivre
les aventures de Nick Cave avec attention : il
semble encore loin d’avoir tout dit.
Pierre Andrieu
24/11/2004
www.foutraque.com