Black Sessions Maison de la radio, Paris le 28 Août 2001
Une nouvelle saison s'annonce pour les Black Sessions présentées par Bernard Lenoir sur France Inter, et en guise d'apéritif fort consistant, Mercury Rev présentait quelques uns des morceaux de son nouvel album "All is dream", sortie le même jour, et décida de placer la barre très haut.
Jonathan Donahue est non seulement le chanteur-guitariste de Mercury Rev mais aussi son chef d'orchestre, il le montrera à plusieurs reprises, sa cigarette allumée, dans une salle non-fumeur, lui servant de baguette pour diriger les cinq autres musiciens.
Mercury Rev a eu une destinée qui sort des sentiers bien battus du petit monde de la musique pop. Emergeant au début des années 90, le combo américain n'était qu'un énième groupe noisy à guitares naviguant loin derrière les meneurs et n'ayant aucune chance de franchir le cap des barrages.
La déferlante Nirvana, avec en son sein toute la clique de Seattle (Mudhoney, Alice In Chains, Tad, Screaming Trees, Pearl Jam et les suiveurs...) ayant eu lieu, Mercury Rev ne pouvait qu'espérer graver LE morceau qui les ferait passer à la postérité, et leur permettrait enfin d'acquérir une notoriété et de quitter ce statut de groupe anecdotique.
Et une rencontre eut lieu, une fois la frénésie grunge rapidement retombée (groupes suicidés, séparés ou encore drogués), avec le producteur Dave Fridmann qui leur prêta certainement quelques chefs d'oeuvre de Neil Young ("After the goldrush", "Tonight's the night", "Zuma"...), afin qu'ils en tirent les conclusions suivantes : faire évoluer leur musique vers des sphères rarement atteintes, au niveau de la voix et des orchestrations, quitte à ne plus sonner comme un groupe typiquement américain (gros son et quasi-absence de sentiments) .
The Flaming Lips, cousins US et contemporains, auront droit aux mêmes conseils éveillés de Dave Fridmann et publieront la merveille qu'est "The soft bulletin".
Révélés à la rentrée 1998, avec le morceau "Goddess on a highway"; leur morceau le plus abouti à ce jour, ils publieront quelques semaines plus tard "Deserter's songs", acclamé aussi bien par la critique que le public, ce qui est finalement rare.
De retour du festival anglais de Reading, Mercury Rev jouait devant un parterre de 200 privilégiés et confortait l'accueil réservé au précédent album : "All is dream" recèle une musique de haut vol entre lyrique et baroque (qualifiés de "pompier sans mauvais goût" par leur maison de disques) qui demeure définitivement captivante.
On a, par ailleurs, tendance à oublier que les pop-stars ont une "vraie" vie, Jonathan évoquait une communication avec sa maman qui lui demandait si tout allait bien durant sa tournée européenne et lui conseillait de ne pas trop parler entre les morceaux, car les spectateurs qui paient leurs places viennent pour entendre, en premier chef, de la musique !
Et le chanteur, de poser délicatement son mégot, dans le cendrier intégré à son pied de micro, après cet intermède et de reprendre uniquement le répertoire des deux derniers albums, comme si leur passé énervé n'était plus qu'un vague souvenir parti en fumée !

sc / lnorahc@yahoo.fr
www.Babelrock.com