Une
nouvelle saison s'annonce pour les Black Sessions
présentées par Bernard Lenoir sur France
Inter, et en guise d'apéritif fort consistant,
Mercury Rev présentait quelques uns des morceaux
de son nouvel album "All is dream", sortie
le même jour, et décida de placer la
barre très haut.
Jonathan Donahue est non seulement le chanteur-guitariste
de Mercury Rev mais aussi son chef d'orchestre, il
le montrera à plusieurs reprises, sa cigarette
allumée, dans une salle non-fumeur, lui servant
de baguette pour diriger les cinq autres musiciens.
Mercury Rev a eu une destinée qui sort des
sentiers bien battus du petit monde de la musique
pop. Emergeant au début des années
90, le combo américain n'était qu'un énième
groupe noisy à guitares naviguant loin derrière
les meneurs et n'ayant aucune chance de franchir
le cap des barrages.
La déferlante Nirvana, avec en son sein toute
la clique de Seattle (Mudhoney, Alice In Chains,
Tad, Screaming Trees, Pearl Jam et les suiveurs...)
ayant eu lieu, Mercury Rev ne pouvait qu'espérer
graver LE morceau qui les ferait passer à la
postérité, et leur permettrait enfin
d'acquérir une notoriété et
de quitter ce statut de groupe anecdotique.
Et une rencontre eut lieu, une fois la frénésie
grunge rapidement retombée (groupes suicidés,
séparés ou encore drogués),
avec le producteur Dave Fridmann qui leur prêta
certainement quelques chefs d'oeuvre de Neil Young
("After the goldrush", "Tonight's
the night", "Zuma"...), afin qu'ils
en tirent les conclusions suivantes : faire évoluer
leur musique vers des sphères rarement atteintes,
au niveau de la voix et des orchestrations, quitte à ne
plus sonner comme un groupe typiquement américain
(gros son et quasi-absence de sentiments) .
The Flaming Lips, cousins US et contemporains, auront
droit aux mêmes conseils éveillés
de Dave Fridmann et publieront la merveille qu'est "The
soft bulletin".
Révélés à la rentrée
1998, avec le morceau "Goddess on a highway";
leur morceau le plus abouti à ce jour, ils
publieront quelques semaines plus tard "Deserter's
songs", acclamé aussi bien par la critique
que le public, ce qui est finalement rare.
De retour du festival anglais de Reading, Mercury
Rev jouait devant un parterre de 200 privilégiés
et confortait l'accueil réservé au
précédent album : "All is dream" recèle
une musique de haut vol entre lyrique et baroque
(qualifiés de "pompier sans mauvais goût" par
leur maison de disques) qui demeure définitivement
captivante.
On a, par ailleurs, tendance à oublier que
les pop-stars ont une "vraie" vie, Jonathan évoquait
une communication avec sa maman qui lui demandait
si tout allait bien durant sa tournée européenne
et lui conseillait de ne pas trop parler entre les
morceaux, car les spectateurs qui paient leurs places
viennent pour entendre, en premier chef, de la musique
!
Et le chanteur, de poser délicatement son
mégot, dans le cendrier intégré à son
pied de micro, après cet intermède
et de reprendre uniquement le répertoire des
deux derniers albums, comme si leur passé énervé n'était
plus qu'un vague souvenir parti en fumée !
sc / lnorahc@yahoo.fr
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